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La Vengeance est à moi

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les avis de Cinemasie

2 critiques: 4.25/5

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16 critiques: 4.09/5



Ordell Robbie 4.75 La Vengeance d'un Réalisateur
Xavier Chanoine 3.75 Chronique d'un salopard.
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La Vengeance d'un Réalisateur

La Vengeance est à moi est marquant à plus d'un titre. Tout d'abord, il marque le retour d'Imamura à la fiction à une époque où la crise de l'industrie japonaise commence à pointer son nez et le cinéma japonais aura bien besoin de lui pour continuer à produire des oeuvres majeures durant ces années-là. Devenu cinéaste à succès au Japon, il lui restera à conquérir les Festivals et les cinéphiles occidentaux, ce qui sera très vite chose faite avec sa Palme d'Or cannoise surprise une année où son contemporain alors plus connu Oshima était le favori de la rumeur. Le succès du film lancera également Ogata Ken qui deviendra une star du cinéma japonais et l'acteur-fétiche du maitre durant les années 80.

Mais le film a surtout frappé par les audaces formelles et narratives d'Imamura à l'intérieur du polar. On comprend en effet très vite que la traque du criminel et le suspense qui devrait en découler ne sont pas la préoccupation d'Imamura, ce qui se matérialise dans une direction d'acteurs évitant toute dramatisation mais réussissant néanmoins à maintenir une certaine tension lors des face à face (le face à face final Ogata Ken/Mikuni Rentaro en particulier). Mais c'est d'un point de vue rythmique que le film est remarquable: alors que ses séquences sont très longues, les ellipses narratives d'Imamura réussissent néanmoins à donner l'impression d'un film très rythmé, rendant ainsi à la fois la durée mise par le héros/criminel pour s'imposer dans ses rôles caméléons, s'intégrer aux mondes qu'il rencontre et la force vitale qui le pousse dans sa cavale.

D'un point de vue narratif, la structure éclatée et ses allers-retours passé/présent du criminel reflètent parfaitement l'idée d'un homme puzzle -ses faux personnages créés au cours de sa cavale pourraient ou pas être des parties de lui-meme- dont personne n'arrive à comprendre les motivations. La structure éclatée permet également à Imamura de se concentrer sur ce qui l'intérèsse le plus: les femmes, leur force vitale et leur détermination. Détermination de l'épouse du criminel qui souhaite faire sa vie avec son beau-père. Détermination d'une prostituée prête à suivre le criminel parce qu'elle n'a plus n'a rien à perdre. Clairvoyance d'une vieille dame qui comprend le plaisir du criminel à vivre dans le mensonge permanent et qui de ce fait suscite sa fascination. Imamura persiste et signe en montrant que dans les circonstances les plus dures ou à la marge de la société (les prostituées rencontrées par le criminel en fuite) les femmes font preuve d'une volonté et d'une énergie vitale remarquables. En outre, la parenthèse documentaire -dont on retrouve des traces ici par l'usage judicieux des caméras portées- n'a en rien amoindri la splendeur lubrique de la caméra d'Imamura: les multiples coucheries du film le confirment comme un des cinéastes qui filment le mieux la jouissance féminine. Le récent De l'Eau tiède sur un pont rouge montre d'ailleurs qu'à soixante-dix ans passés il n'a pas perdu la main de ce coté-là.

Pour en revenir au mystère du personnage du criminel, peut-être veut-il simplement être tout à la fois avant une mort certaine déjà programmée au début du film: un professeur d'université respectable fréquentant des prostituées, un homme à femmes, un bienfaiteur financier des marginaux dans le besoin et un criminel qui tue sans mobile apparent. Car contrairement aux criminels de Gosha (Portrait d'un Criminel avec Ogata Ken justement) et d'Uchida (le Détroit de la Faim où joue Mikuni Rentaro), celui d'Imamura n'est pas portraitisé comme le produit d'une période sans repères moraux: il est là, il vit, il tue, c'est tout et même son appartenance à une minorité religieuse (catholique; d'ailleurs il ne ressent au final aucun regret ni désir de pardon) ne saurait servir d'explication réelle: meme lors du face à face final son père n'arrive pas à le comprendre. Le personnage incarné par Ogata Ken est d'ailleurs mis au niveau de tous les autres protagonistes du récit, une constellation autour de laquelle il tourneraient tous mais qui ne serait néanmoins aucunement le centre de l'univers du film.

S'il se refuse à la moralisation facile, Imamura aura néanmoins multiplié les pistes et les explications possibles: elles ne sont jamais pleinement satisfaisantes donc se valent toutes, offrant une multiplicité de points de vue décryptant les mécanismes d'un instinct de vie qui est aussi un instinct de meurtre. En laissant des zones d'ombre, il offre le portrait fascinant d'un personnage amoral. Et nous de reconstituer cette mosaïque avec passion.



02 novembre 2002
par Ordell Robbie




Chronique d'un salopard.

Les films d'Imamura sont réputés pour être beaux, charmants, souvent mélancoliques, nostalgiques, emprunts d'un véritable goût pour le passé et le bonheur de nos années perdues. Vengeance is mine ne fait pas partit de cette catégorie, et préfère laisser les bons sentiments sucrés à part et transfigurer l'histoire pas banale d'un serial killer/joker en une véritable chronique, longue et périlleuse. Sur 2h20, l'œuvre n’est pas rassurante, pire même, préfère exposer sans la moindre gène les pires excès de violence vus dans le cinéma particulier d'Imamura, qu'ils soient physiques ou moraux.

Le cinéaste aime parler de son japon, de sa société bancale et exposer les faits divers du passé, tout en les magnifiant et les cuisinant à sa sauce. C'est pourquoi il réécrit à sa façon l'histoire d'un tueur et arnaqueur qui sévit dans le japon des années 60, ses cibles étant principalement des femmes. L'homme multiplie les identités comme il change de chemise, passant d'un homme tout à fait banal à un avocat et que sais-je encore. Imamura se fait d'ailleurs un malin plaisir à critiquer cette société nippone, notamment dans la dénonciation des forces de l’ordre, bonnes à laisser des affiches de recherche plutôt que d'enquêter pleinement sur le terrain. Il dénonce aussi toute sorte de violence physique et psychologique via une direction d'acteurs exceptionnelle : les coups fusent, de même que les viols ou les magouilles d'argent (escroquerie, jeux, prostitution), c'est ainsi que Ken Ogata crève l'écran part son interprétation formidable du tueur Enokizu, fine crapule aux innombrables casquettes; tout comme Rentaro Mikuni en père douteux et dépassé par les évènements de son fils en cavale. Retenons aussi les personnages féminins, courageux.

Si Vengeance is mine demeure à ce jour l'un des meilleurs films de son auteur, c'est bien parce qu'il négocie parfaitement chaque virage tout au long des 2h20. Rythme soutenu, dialogues travaillés, cohérents, intrigue minutieuse et parfaitement retracée, Imamura étonne par son incroyable sens de la réécriture de ce fait divers. Cependant, et en toute subjectivité, je m'attendais à autre chose. On y trouve d'ailleurs par moment quelques ressemblances avec le cinéma de Fukasaku notamment dans la rage de ses protagonistes, dans cette formidable critique sociétale du japon des sixties et dans ces teintes jaunâtres particulièrement étouffantes. Un film compte à rebours, manquant hélas de folie dans sa mise en scène très stricte, malgré des idées visuelles sidérantes (le bain de minuit entre Shizuo et Kazuko, le meurtre passionnel de fin).

Esthétique : 3/5 - Quelques passages étonnants, d'autres plus ternes. Musique : 2.75/5 - Je n'ai retenu aucun thème particulier. Une ambiance sonore silencieuse. Interprétation : 4.5/5 - Des comédiens hallucinants et courageux. Formidables compositions. Scénario : 4/5 - Un fait divers terrible remanié par Imamura. La classe.



15 septembre 2006
par Xavier Chanoine


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