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Le Grand malade

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1 critiques: 3.25/5

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Xavier Chanoine 3.25 Je veux vivre!
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Je veux vivre!

Le Grand malade intervient à une période particulière pour Itami Juzo. Le cinéaste, déjà connu pour ses réalisations visant non sans un regard particulier et ironique la société japonaise, réalise L’Avocate, œuvre sur le monde des yakuzas lui valant de sévères représailles par ces derniers. Avec des films autrement plus épicés (Les Funérailles, A-Ge-Man, L’Avocate), le cinéaste semble s’être légèrement assagi avec Le Grand malade, beau film sur la vieillesse et satire moins risquée ciblant le monde médical et le métier de cinéaste. Mais ici, le regard se veut moins virulent, notamment lorsqu’il dépeint l’addiction d’un homme âgé (Mikai, interprété par Mikuni Rentaro) au cinéma, au sexe et à la boisson.

Le film s’ouvre d’ailleurs sur une scène de tournage avant de basculer vers le sexe –très poli- qui finira par tourner au désastre : Mikai, pensant qu’il est atteint d’un ulcère, est condamné à vivre un an tout au plus. Son médecin (Tsugawa Masahiko, acteur régulier chez Itami Juzo), qui a fréquenté dans son adolescence son amie d’aujourd’hui, lui diagnostique un cancer ciblé, finalement généralisé. Mais il n’en touche aucun mot au concerné, la vie et le tournage de son film –dans lequel il interprète un malade dont les jours sont également condamnés- devant continuer. Itami Juzo fait s’entrecroiser deux portraits de personnages, le réalisateur et l’acteur qu’il interprète dans ce même film, dont le destin est finalement lié. Petite pirouette scénaristique bien venue, comme le décompte des jours qu’il lui reste à vivre sur fond noir, offrant au film une toute autre dimension et rendant le personnage de Mikuni d’autant plus attachant dans sa naïveté.

Le Grand malade, au-delà même de son regard sur la maladie, l’addiction et le métier de cinéaste, est aussi un beau film sur l’acteur. Et pas n’importe lequel, Mikuni Rentaro, acteur important de l’âge d’or des studios japonais (Shochiku, Toho, Nikkatsu) et de la Nouvelle vague, qui offre ici l’une de ses dernières grandes prestations, emprunte de la douce folie communiquée par son cinéaste. Dommage que l’acteur et Itami Juzo n’ait pas davantage profité de leur collaboration, le cinéaste ayant réussi à tirer de la vieillesse naturelle de Mikuni de purs éléments de cinéma, jusqu’à le montrer sous un jour peu glorieux (on lui enlève son dentier, on lui fait une trachéoscopie et lui fait perdre ses cheveux), comme Johnnie To l’avait fait avec Johnny dans une séquence de Vengeance, où la rock star y était montrée comme une lourde carcasse suintante. Itami Juzo, par l’intermédiaire de la fiction, écrit l’un des beaux testaments artistiques de l’acteur comme le fera Shindo Kaneto six ans plus tard avec Je veux vivre, un autre beau petit film sur un vieillard qui n’a pas encore dit non à la société, tout en revisitant La Ballade de Narayama. De son côté, Le Grand malade revisite le métier de cinéaste, l’urgence et les impératifs de tournage : en rassemblant ses dernières forces, Mikai ne souhaite pas rester à l’hôpital car la dernière grande scène du film (impliquant tout un public et des dizaines de musiciens) doit être tournée. On a à la fois de belles confessions de la part d’Itami et de Mikuni, dans un film dont l’univers prête évidemment parfois à sourire.

Effectivement, le regard du cinéaste sur le milieu hospitalier ne provoque en rien l’indignation (comme c’était le cas avec Les Funérailles en 85), mais les personnages bariolés qui peuplent l’établissement renforcent le capital sympathie du film. L’excursion de Mikai et son partenaire de chambre (Noboru Mitani, découvert dans la peau d’un mendiant à l’étrange regard chez Kurosawa dans Dodeskaden) chez le patient d’à-côté, cloué et au lit et tuyauté dans tous les sens, offre aussi bien au film des allures d’œuvre humaniste qu’un regard acerbe sur les règles en milieu hospitalier, Itami Juzo questionnant ni plus ni moins que le rôle de l’euthanasie. Une thématique un peu lourde désamorcée par la séquence délirante (au sens propre comme figuré) de la réanimation de ce même patient par le docteur en chef, hilarante dans l’accentuation du bruit des décharges électriques et dans le chaos qu’elle provoque dans la chambre (famille et amis en pleur face à leur proche tout simplement torturé). Cerise sur le gâteau, le cinéaste nous gratifie d’une magnifique séquence allégorique sur la mort, où Mikuni voyage à travers des paysages et des images proprement surréalistes, donnant au film un aspect hautement jouissif et décalé, aspect que l’on retrouve dans la bande-son alternant les belles pages mélancoliques et farces sonores bien lourdes. Une saveur particulière montrant combien le père de Tampopo en a encore sous la semelle : impossible d’échapper aux mailles de son filet fait 24 images seconde, ce portrait d’un vieil homme pas toujours honnête mais terriblement attachant reste longtemps ancré dans notre esprit.



01 avril 2011
par Xavier Chanoine


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