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Last Scene

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Xavier Chanoine 3.5 Ne pas oublier ses pères
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Ne pas oublier ses pères

On avait un peu peur que Nakata Hideo sombre dans l'involontairement comique pour l'un de ses derniers films issus du système nippon (avant sa jolie déconvenue américaine) et en attendant ce qui était annoncé à l'époque comme le remake de Kwaidan. Sur le papier, Nakata oublie un temps ses films d'horreur et thrillers Hitchcockiens pour s'intéresser ici à l'univers des studios de cinéma, plus particulièrement un studio, spécialisé à première vue pour ses tâcherons : le film débute classiquement par une scène d'un film dans le film (artifice de mise en place très courant) et les seuls éléments qui nous font penser qu'il s'agit d'une scène de tournage sont bien entendu les mécaniques grossières du film d'horreur parodiées ici (dont une utilisation du grand angle pour nous le faire rappeler), le jeu outrancier de l'actrice paniquée, le téléphone qui sonne avec personne pour y répondre et ce foetus accroché à la fenêtre. Non, Nakata ne peut pas s'abaisser à un tel ramassis de nullité et le spectateur le moins attentif aura cru à la blague le temps d'une séquence, avant qu'un projecteur censé dynamiser la lumière de la séquence de tournage ne tombe par accident sur le sol. Le film peut débuter. Nous sommes en 1965 sur le dernier tournage d'une actrice à succès devant partir à la retraite suite aux demandes de son agent, une demande qui ne plait pas à son partenaire de scène Mihara Ken. Depuis, le cinéaste ne trouve personne pour remplacer le départ de l'actrice, il y a bien cette autre jeune actrice, mais bien trop jeune pour Ken, ce dernier finit par retomber dans l'alcool (depuis le décès de sa femme Keiko) avant de connaître un virage artistique certain : quitter le devant de la scène.

Trente-cinq ans plus tard, même lieu, même plateau, nouvelle équipe de tournage : un nouveau film/sitcom pour la ménagère de moins de cinquante ans est en cours de tournage, censé raconté la vie du "docteur Samejima" et celle de ses patients. Mio est une jeune assistante réalisatrice touche-à-tout en charge ici des décors et accessoires. Le cinéaste, vulgaire tâcheron ne connaissant visiblement rien du métier, a besoin d'un vieil homme pour l'une des séquences dramatiques du film. Ce vieil homme n'est autre que Ken Mihara, trente-cinq ans plus tard, vieille star déchue du métier. Son apparition fait ainsi preuve d'une belle modestie, cette fameuse légende d'époque (malgré une carrière très courte) n'étant même pas reconnue par la jeunesse d'aujourd'hui plus préoccupée à pleurer devant les drama télévisuels de bas étage que de reconnaître ses grands auteurs, Mio en tête. Nakata ne fait pas parti de cette "classe" là, et par l'intermédiaire de son Last Scene, affiche ça et là affiches de films populaires et de genre sixties, on apercevra même un extrait d'un polar d'époque (sûrement de Suzuki Seijun, avec Shishido Jo mis en avant) visionné par Osugi Ren et son acolyte dans une salle de projection privée. Mais ceci n'est que détails puisque Last Scene est avant tout un brillant recueil humaniste sur la fin de vie d'une vieille star de cinéma, oubliée et défraîchie par le temps, trouvant la force nécessaire pour donner sa dernière réplique et reposer tranquillement, suite à des années de trouble depuis la mort en voiture accidentelle de sa femme, il lui arrive effectivement de voir son fantôme vêtu d'un kimono traditionnel apparaître soudainement, tout comme il arrive que le klaxon de la berline présente sur le plateau se mette à fonctionner tout seul (image du corps mort reposant sur le volant).

Et à Last Scene de mêler comédie amusante et de montrer ce qui se passe sur un tournage : la rage du cinéaste mais aussi son incompétence royale (appel téléphonique en plein milieu du tournage d'une scène sous le regard médusé du staff), les contraintes de tournage, la pression des producteurs (costard cravate, verbe fort), les pauses déjeuner vite expédiées, mais aussi les nombreuses prises à faire et refaire tant qu'est plus lorsqu'une réplique est hésitante. Au spectateur alors de juger si Nakata fustige le système nippon ou les mauvais réalisateurs émergents dans une industrie nippone visant la quantité à défaut de la qualité (propos sous-jacents plus ou moins évidents), une qualité en soit laissant de la place à l'interprétation du spectateur sur ce sujet. Les niveaux de lecture sont donc nombreux, et le film trouve son envol lors de son dernier tiers absolument admirable de retenue mettant l'accent sur une scène de tournage délicate pour Mihara Ken, interprété par le parfait Yoshinaga Johny, parfait inconnu et pourtant d'un naturel confondant. Ses poches sous les yeux, son teint blafard, sa coupe en paillasse représentent la détresse du personnage, son envie de fermer les yeux pour toujours et de quitter enfin ce système de requins. Ce dernier passe le plus clair de son temps allongé sur son lit d'hôpital, bien épaulé par une Aso Kumiko à la hauteur de son talent, très intéressante dans la peau de cette assistante humaniste, à l'image du film : Nakata détourne les codes du "film dans le film" pour verser dans l'humanisme le plus pur, de par le recul de sa caméra face à l'acteur vieillissant et épuisé et de par la présence d'une équipe technique patiente face aux maladresses du vieillard. En revanche, il y a de quoi pester face à la mise en scène trop classique du cinéaste et aux tics visuels mal maîtrisés, les passages censés représenter les flash-back sont visuellement dignes d'un menu de DVD ou alors entachés par un grain tout sauf esthétique. Mais cette mise en scène minimaliste et la photo plutôt moyenne du film, sûrement pour coller à l'étiquette documentaire affirmée ne sont que broutilles face aux vrais propos du film : rendre hommage aux vieux de la vielle et pourquoi pas flanquer une belle fessée au système actuel. En plus d'être un grand moment humaniste, la séquence de fin reste bouleversante. Nakata n'a pas fait mieux depuis.

09 décembre 2007
par Xavier Chanoine


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