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Irma Vep

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Ordell Robbie 2 Sang asséché
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Sang asséché

Le problème d’Irma Vep, c’est de ne jamais réussir à totalement dépasser ses belles intentions théoriques. Etablir un parallèle entre les rebondissements permanents du cinéma hongkongais de l’age d’or 85-95 et ceux de toute une tradition du roman feuilleton dont Feuillade est l’émanation, c’est effectivement pertinent. Rapprocher la naiveté des films hongkongais de cette époque de celle des grands films muets qui filmaient les choses pour la première fois, là encore beau parallèle. Mettre en miroir les performances physiques des actrices hongkongaises et celles de l’héroine de Feuillade, là encore Assayas met le doigt là où il faut. Sauf que le résultat de la confrontation de deux traditions cinématographiques est loin de tenir ses belles promesses. Introduire Maggie Cheung à l’intérieur d’un univers cinématographique hérité de la Nouvelle Vague (Jean Pierre Léaud et Bulle Ogier porteurs de tout leur passé cinématographique dans la fiction du film), c’est essayer d’introduire un corps étranger –et l’actrice est d’abord un corps provenant d’un cinéma dont une des spécificités est le traitement de la question du corps- à l’intérieur de cette tradition pour essayer de lui donner un second souffle.

C’est d’ailleurs dans les moments où Maggie Cheung est seule dans le champ que le film est à son meilleur, qu’il traduit en action, en cinéma ses intentions postmodernes. La Assayas touch capte alors superbement l’énergie de l’actrice. Dans le film, Maggie Cheung brille de plus par sa spontanéité, spontanéité de jeu pas si éloignée finalement de celle des actrices de la Nouvelle Vague. Son jeu ne fait que souligner l’aspect désincarné de celui de la plupart des autres acteurs (Léaud et Ogier exceptés) du film. Mais peut etre s'agit-il de mettre en exergue le risque d’épuisement d’une vision du cinéma héritée de la Nouvelle Vague. Et de souligner la vitalité nouvelle que pourrait lui apporter le fait de regarder vers l'étranger. La démarche d'Assayas en somme, cinéaste ancré dans la tradition de la Nouvelle Vague mais ayant dans la partie récente de sa carrière fait du cinéma "en réaction" à un cinéma étranger qui le fascinait : l'Asie ici, Fight Club dans Demonlover...

La plupart du temps, le film se consacre au quotidien d’un tournage de film avec l’accent mis sur ses contraintes et ses contingences matérielles, élément autant passionnant d’un point de vue théorique –les conditions de tournage de type série B créatrices de spontanéité, chose commune aux chefs d’œuvre de la Nouvelle Vague faits par des cinéastes mordus de série B américaine et à un cinéma de Hong Kong qui n’aurait pas offert ses fameuses audaces visuelles dans des conditions budgétaires hollywoodiennes- qu’ennuyeux à regarder, leur dimension comique tombant à l’eau. Mais revenons-en à la vision du cinéma d’Assayas dans ses aspects les moins intéréssants : Hollywood est réduite de façon manichéenne à cet ogre pourvoyeur de cinéma formaté, de blockbusters sans ame (le film parle de Steven Seagal et de Van Damme en oubliant que le cinéma d’action hollywoodien c’est aussi Cameron ou Mac Tiernan) qui mettrait en danger la culture cinématographique française, la grosse caricature en somme.

Surtout, le cinéaste qui ne comprend pas la vision de Léaud et le journaliste fan de cinéma d’action sont plus des caricatures que des personnages dignes de ce nom. Certes, le règlement de comptes artistique est une chose présente dans certains classiques littéraires –et meme dans certains Tsui Hark sauf qu’ils sont droles et pertinents, eux- mais cela n’excuse pas la façon totalement gratuite dont Assayas règle ses comptes avec Christophe Gans par cinéma interposé. L’intervieweur de Maggie Cheung grand adorateur des films de John Woo, c’est bien évidemment Gans complaisamment caricaturé. Ceux qui ont vu en interview le cinéaste savent évidemment qu’il est loin d’etre ce journaliste qui n’aime John Woo que pour la dimension jouissive de son cinéma, qui critique le système de subvention du cinéma par l’état parce qu’il produirait un cinéma d’auteur nombriliste déconnecté des gouts du public et qui vénère par dessus tout Jean-Claude Van Damme. En témoignent d’ailleurs les choix de casting du Pacte des Loups : Emilie Dequenne (Rosetta), Jérémie Rénier (la Promesse), Samuel Le Bihan (Vénus Beauté) -on a fait mieux au rayon symboles d’un cinéma formaté- ainsi que ses articles dans feu la revue HK. Si il y a beaucoup de raisons défendables de critiquer Gans cinéaste, il n’a jamais essayé de tuer le cinéma d’auteur français.

Au final, on retiendra qu’avec Irma Vep Assayas aura tenté de belles choses mais que le résultat n’est pas à la hauteur des intentions à l’exception de quelques fulgurances. Dommage parce que ce film souvent ennuyeux et prétentieux demeure un projet à part dans le cinéma hexagonal.



18 novembre 2003
par Ordell Robbie


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