ma note
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Innocence - Animated Clips


GOTHIQUE CHINOIS

Pas de critique pour ce Innocence Animated Clips puisque ce n’est pas le film, ni un film ou court métrage, auquel nous avons à faire mais à un « vulgaire » objet de promotion. Mais quel objet ! Si la vulgarité pouvait toujours se parer de tels atours le porno deviendrait trésor national. Finalement plutôt logique pour un produit venant d’un pays qui a su faire du film érotique (c’est pas le porno mais presque son antichambre) un art à part entière...

Donc il ne faut pas s’attendre à des extraits en tant que tel du film GITS 2 Innocence à venir (sortie annoncée pour Décembre chez nous), ni a des clips musicaux dans le sens classique du terme, mais à une visite guidée dans des décors clés du film, le tout accompagné, plutôt étudié, pour se marier parfaitement et mettre en valeur le superbe, envoûtant, tétanisant etc... – encore une fois – score de Kawaï Kenji. Car le « concept » de ce DVD tient en cela : la volonté avouée de Oshii de créer quelque chose de visuel qui serve au mieux le travail de son compagnon de route compositeur. Pari plus que réussi puisque contrairement à un objet promo classique on pourra se repasser en boucle ce DVD de la même façon, ou plutôt d’une façon différente mais dans la même dynamique, qu’une œuvre musicale. Et pas de malentendu, il ne s’agit pas d’une succession de clips musicaux comme ceux de M6, mais plutôt du principe du Livret d’Opéra..., sauf qu’en guise de performance scénique nous avons droit à un voyage animé quasi fantasmagorique. Une véritable pièce.

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Mais là ne s’arrête pas l’intérêt de ce « produit culturel » (pour une fois le nom est bien porté). Comme rapidement précisé ci-dessus nous « n’avons » droit, essentiellement et à de rares exceptions près, qu’aux décors du films principalement en 3D et mattes paintings expurgés de la plupart des personnages en 2D. Qu’à cela ne tienne, c’est une certaine perspective qui semble s’ouvrir ainsi à nous et au final on ne reste pas avec l’impression de quelque chose d’inachevé : est ainsi mis en exergue tout le travail non seulement artistique mais, allez même pas peur, conceptuel qu’implique l’approche de Oshii quant à cet aspect. Les aficionados du réalisateur le savent bien s’il est un qualificatif que l’on pourrait lui appliquer en regard de son travail c’est celui de « conteur urbain ». Ses œuvres les plus connues et récentes (la série des Patlabor, GITS, Avalon...) se distinguent toutes par la capacité du réalisateur à capter et restituer une certaine essence de la ville en tant que manifestation, expression, d’un état d’humanité. C’est presque toujours dans ces moments de flânerie déambulatoire que transpire au mieux son sens poétique là où, par opposition (ce qui rétrospectivement connaissant les rapports particuliers de celui-ci avec les démiurges du Studio Ghibli, studio co-producteur rappelons le), un Miyazaki ou un Takahata s’épanouit dans la contemplation et la célébration d’une nature sauvage. Nature sauvage et urbanisme sauvage : il y a là comme un léger parfum de dialectique...>

On évoquait donc une approche « conceptuelle » pour ce qui est du travail d’orfèvre sur les décors urbains de ce GITS 2 Innocence> et pour ce travail Oshii a su s’entourer : Yohei Taneda s’est auparavant distingué en tant qu’Art Designer en élaborant le design de la ville imaginaire vue dans le Swallowtail Butterfly de Iwai Shunji et il a également obtenu un prix aux Hong Kong Film Award pour son travail sur Sleepless Town et, plus récemment, il a également imaginé la fameuse House of Blue Leaves du Volume 1 de Kill Bill ; l’autre participant d’importance et vieux collaborateur de Oshii est le photographe Haruhiko Higami présent dans de nombreuses œuvres de Oshii (de Red Spectacles> (1987) à Avalon en passant par les Patlabor et le premier GITS) ; et enfin le directeur artistique Hirata Shuichi déjà présent sur le premier GITS et ayant également participé au film X 1999 du grand Rin Taro.

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Entouré de cette équipe artistique Oshii a mis au point, en amont de la production du film, ce qui allait être le concept de l’approche architecturale d’Innocence : le concept unifié de « Gothique Chinois », une fusion entre le style médiéval européen et chinois sur la base duquel se créerait sa vision de la ville du futur en y adjoignant des éléments pêchés par le photographe Haruhiko Higami au quatre coins du monde (Shanghai, Taipei, Allemagne, Italie, et New York) comme l’atteste un des décors du film qui fait furieusement penser à la Cathédrale de Milan revisité par les Directeur Artistique et « Production Designer » sus-cités en y adjoignant des éléments ornementaux issues de d’un temple taiwanais ou d’un quartier chinois. A charge encore de ces deux hommes d’insuffler la vie en parant ces décors de tous les atours d’une ville habitée, organique... Un travail artistiquement mis en valeur dans l’anime, et au résultat « émouvant » (même pas peur), par le magnifique jeux sur les lumières et éclairages ainsi que des choix chromatiques tranchés flirtant avec une imagerie baroque véhiculant un sens réel de la magie, de l’enchantement... urbain. On pourrait disserter encore longtemps sur cette réelle dimension artistique et – même pas peur du tout ! – philosophique (en tant que point de vue mûrement réfléchi) tant ce simple produit qu’est ce DVD de clips animés est dense de sens et d’émotion. Encore une fois, le score de Kawaï participe de ce chœur architectural, de cette symphonie de béton, de poutre et de taule nous renvoyant une certaine image d’humanité. On pourrait probablement prêter à Oshii ce genre de réflexions : « Si la substance de la vie est l’information, transmise à travers les gènes, alors la société et la culture sont essentiellement un immense système de transmission de l’information, et la ville, un énorme dispositif de stockage externe de mémoire ». Ce qui se situe dans la logique de certaines de ses déclarations où il considère la ville comme une extension de nos corps... Une métaphore plus qu’intéressante et déjà présente dans le premier GITS de ce qu’est le net, le réseau. Messieurs les festivaliers, bonjour chez vous !

A ce point on ne fera pas l’économie d’une comparaison rétrospective certes faciles, par nature, mais d’actualité (et justifié par les choix techniques de Innocence -3D, matte paintings - ) face à une certaine « largesse » critique de la presse spécialisée : le DVD, le produit, Innocence Animated Clip est à des années lumières devant en terme de contentement des sens, du blockbuster coréen médiocre (scénario, technique et artistique) Wonderful Days. On pourra nous reprocher de faire là une critique facile mais non, la vision de ce DVD ne met finalement qu’en exergue une médiocrité non seulement sanctionnée par le public coréen à l’époque de la sortie de Wonderful Days (le film s’est lamentablement planté, mais chuuut, personne ne s’en est fait l’écho), mais surtout par vos serviteurs « loi d’association 1901 on ne touche pas de thunes et on a rien à vendre et on descend même ce que vend notre partenaire Musica ». Autocongratulations méritées. Si si, la « vista » était bien de notre côté.

Que va donner le film Innocence ? Peut-être un objet philosophiquement abscons... Certainement un voyage sensoriel fécond. Et ce n’est pas le sculpteur Hans Bellmer, littéralement cité dans le clip d’intro de ce DVD (la création d’un être artificiel, une poupée) qui dirait le contraire...

Merci à Ray du forum IG Production pour ses informations

sources : http://www.muf.jp/exhibit/2004_02/index.html

ne pas oublier les deux clips cachés, voir critique DVD pour la manipulation.

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