Leslie, un an déjà

Il m'était impossible de faire l'impasse d'un voyage à Hong-Kong pour ce premier anniversaire de la mort de Leslie. Je suis arrivé à Hong-Kong quatre jours avant la date. Pour des raisons sentimentales évidentes, j'avais choisi de loger au Mandarin Oriental (c'est de là que Leslie avait choisi de nous quitter, il y a un an).

L'hôtel Mandarin Oriental

Comme c'était mon premier séjour, il m'est difficile de dire si l'atmosphère avait ou non quelque chose de particulier. Au niveau local, je n'ai vu que peu d'échos les jours précedant le 1er avril, mais il faut dire que ne parlant ni ne lisant le cantonais, il ne me restait guère que les images pour me faire une idée. Par contre, il m'a semblé que le jour venu, il y avait chez le personnel de l'hôtel une tension particulière par rapport aux jours précédents. Dès le matin, plusieurs équipes radio et télévisions étaient présentes devant l'hôtel.

Les premières germes de fleurs avaient été déposées de bon matin, les premières personnes présentes étant essentiellement celles qui s'étaient impliquées dans l'organisation et des membres des fans clubs locaux, mais aussi japonais. Progressivement la facade latérale de l'hôtel commenca à se couvrir d'affiches, de dédicaces, de messages à mesure que le sol se jonchait de fleurs.

Chance pour moi, c'est à ce moment là que j'ai rencontré Cecilia, qui s'occupe d'un site local sur Leslie (www.leslieclub.com). J'ai appris que son équipe s'occupait de l'accueil de certains fans japonais. En fait, à part moi, seul européen présent qui était venu de façon isolé, il semblerait que l'organisation avec les fans clubs étrangers, japonnais, coréens ou de Singapour, ait été relativement bien prise en charge par les différents clubs locaux (et ils sont nombreux). Là-bas comme ici, la presse est relativement avide de tout ce qui peut émouvoir et les personnes qui venaient déposer en sanglots leur hommage à Leslie étaient leur proie favorite et je dois reconnaître que le French fan attira aussi pas mal leur attention. Arrivé à midi, le trottoir s'était couvert de fleurs, mais Hong-Kong était une ville très occupée, seuls les étrangers et les organisateurs restaient présents de manière continue, mais le flot de ceux qui passaient simplement déposer leur bouquet avant de repartir ne cessait d'augmenter malgré la pluie qui s'était mise à tomber.

En début d'après-midi, Cecilia et ses amis se relayaient sur leur ordinateur pour donner à tous les fans connectés des nouvelles des événements de la journée. Dans l'hôtel lui-même la tension montait progressivement avec la mise en place des salons destinés à la manifestation officielle du souvenir intitulée Never Forget Leslie. La cérémonie avait été organisée par différents fanclubs et se déroula en plusieurs sessions du milieu d'après-midi jusque tard dans la soirée.

J'ai assisté à la première des trois séances qui étaient prévues et réservées essentiellement aux fans venus de Chine continentale. Je crois que sur 150 environ, nous n'étions que deux hommes, la majorité de celles qui étaient là devant avoir entre 20 et 30 ans. Dans le lourd silence des salons ornés de fleurs blanches et des portraits de Leslie, on pouvait ressentir physiquement l'absence de celui que nous étions venu honorer. Et malgré toute la tension présente, j'ai compris à ce moment là l'aide et le soutien que pouvait représenter la présence à nos cotés de personnes qui partagent la même douleur. Après quelques indications sur le déroulement de la cérémonie, commença la projection du documentaire réalisé pour l'occasion. Là encore en raison de la barrière de la langue, je m'en suis plus remis à mon ressenti qu'a mon sens de l'analyse. Sur le documentaire lui-même, l'essentiel des documents inédits étaient constitués d'interviews de différentes personnes avec qui leslie avait travaillé aussi bien au cinéma que pour la scène musicale. Ce qui m'a beaucoup touché, c'est que pendant les interviews de Leslie, tout le monde restait sensible à la vie incroyable qui l'animait et à de nombreuses reprises la salle éclata de rire à ses réparties, ce qui n'empêchait pas d'entendre les sanglots quelques minutes après lorsque le ton devenait plus grave. Et ce jour là, dans cette salle, il devenait évident que le premier talent de Leslie n'était pas son jeu d'acteur ou sa voix mais tout simplement sa personne d'une telle humanité, tellement proche et sincère que son état interieur se communiquait naturellement à ceux qui l'approchaient, comme à ceux qui venaient le voir scène.

C'est boulversés et en silence que nous quittions la salle une fois la projection terminée. chacun pris alors une rose blanche et entra dans la salle du souvenir toute revêtue de voiles blancs, un portrait de Leslie entouré de roses blanches s'y trouvait, le même portrait qui avait été choisi pour la cérémonie de ses funérailles un an auparavant. Là, chacun eu droit à sa minute de recueillement devant son portrait, avant de déposer la rose comme offrande à celui qui nous avait tant donné au cours de sa vie. A la sortie de la salle, chacun pouvait offrir une dédicace sur le panneau installé à l'entrée. La cerémonie pris fin vers 18h30, soit un an jour pour jour et heure pour heure après sa décision de quitter de ce monde. Inutile de préciser qu'il fût douloureux pour chacun de vivre ces moments. Lorsque nous quittions le salon, le groupe suivant attendait pour prendre possession des lieux.

A l'exterieur la foule était devenue dense, Ice House Street, la petite rue qui longe l'hôtel Mandarin Oriental, a été fermée vers 19H par les forces de police. Les honk-kongais finissant progressivement leur journée de travail, la rue fût bien entièrement envahie par la foule. Contre le mur de l'hôtel, une estrade fût installée ainsi que quelques écrans destinés à diffuser des vidéos musicales de Leslie. Il s'en suivit une longue attente, pendant laquelle toutes les personnes présentes patientèrent sans signe d'impatience, levant parfois les yeux vers ce 24ème étage d'où un an auparavant Leslie s'était élancé.

Après plus d'une heure d'attente, les trois représentants désignés firent chacun une courte allocution en cantonais, en mandarin et en japonais. Puis furent diffusés quelques vidéos musicales de Leslie, chacun chantant avec lui au milieu des sanglots qui cette fois ne pouvaient plus être contenus. Il y avait dix chansons de prévues au programme, je ne sais si ça a été ou non le cas, mais pour moi ces instants sont passés terriblement vite. Il est difficile de décrire l'émotion que j'ai ressenti à ce moment là. Comme beaucoup, j'étais boulversé, réalisant véritablement que plus jamais je n'aurais la chance de voir Leslie chanter devant moi. Nombreux étaient ceux qui comme moi, n'avaient pu véritablement faire leur deuil jusqu'alors, la soudaineté de la mort de Leslie n'avait pas permis à ceux qui n'avaient pu être présents à ses obsèques de se résigner vraiment à sa disparition. Pour beaucoup ce 1er avril 2004 fut un jour d'adieu à Leslie, un moyen d'accepter l'inacceptable. Mes conversations avec Cecilia m'ont permis de me rendre compte à quel point la mort de Leslie avait été vécue comme un choc ici. En effet, malgré les apparences, Honk-Kong est une relativement petite ville dans le sens où quelqu'un de célèbre comme Leslie peut facilement être croisé dans certains lieux, passages obligés de l'élite locale. Et si sa dispartion a été brutale pour tout le monde, ici a Hong-Kong son absence physique dans la vie quotidienne de la ville peut être en plus ressentie par tous ceux qui l'aiment.

La diffusion terminée, la foule passa de l'autre coté de l'hôtel pour un rassemblement où des milliers de chandelles se mirent à éclairer la place pour une veillée en son honneur, là également il y eu une lecture avant que la foule ne reprenne en coeur ses chansons. En ce qui me concerne, je n'y ai pas assisté car je fournissais l'assistance materielle, ma connexion internet, aux organisateurs qui diffusaient en direct sur le net le déroulement de la soirée pour les personnes qui n'avaient pu venir. Le rassemblement se dispersa finalement peu avant minuit.

A la fin de cette soirée, nous avions tous les yeux rougis. Après une dernière annonce sur leur site, les membres de leslieclub quittèrent ma chambre, non sans que nous ayons pris quelques photos en souvenirs. Ce soir là, je décidai de mettre en place un fan club pour la France, à la fois pour ceux en France qui aiment Leslie, mais aussi pour les fans honk-kongais afin qu'ils sachent que partout dans le monde il existe des personnes qui jamais n'oublieront ce que Leslie a donné durant ses 26 années de carrières, ni surtout le dévoument, le courage et l'honnèteté dont il aura fait preuve toute sa vie durant.

Signalons aussi que ce 1er avril 2004, Leslie Cheung prit place au musée Mme Tussaud au sommet du pic Victoria pour la postérité. Toute l'organisation avait été assumée par Mr Daffy Tong, le compagnon de Leslie.

La statue de cire de Leslie Cheung
date
  • mars 2004
crédits
Actualité