Hong-Kong: Histoire du cinéma d'arts martiaux

Origines

Le genre peut trouver son origine dans la tradition de l'opéra chinois - un mélange de drame, musique, acrobaties et combats. Cette forme d'art est devenu proéminente durant la dynastie Ming (1368-1644). Après l'émergence du pouvoir des Manchus, de nombreux acteurs et maîtres d'arts martiaux s'enfuirent vers le Sud, diffusant la tradition de l'opéra et l'étude des arts martiaux.

Quand la popularité de l'opéra déclina au début du 20ème siècle, les interprètes se tournèrent vers l'industrie de Hong-Kong pour gagner leur vie. En 1949, la compagnie Yin Yao Film commença à faire des séries de films basés sur la vie de Wong Fei-Hong, un héros populaire chinois ayant existé. Au total, 99 films furent tournés jusqu'en 1970. L'ancienne star d'opéra Kwan Tak-Hing interpréta Fei-Hong dans tous les films, avec Shih Kien dans le rôle du méchant le plus souvent (qu'on retrouvera face à Bruce Lee dans Opération Dragon en 1973). Le père de Bruce Lee, Hoi Chuen, apparu dans beaucoup de ces films, le plus souvent dans le rôle du doyen du village.

Shaw Brothers

Ti Lung

En 1970, Run Run Shaw et sa compagnie, la Shaw Brothers, entrèrent dans l'arène des arts martiaux avec un film appelé "Vengeance", figurant David Chiang et Ti Lung. Ce titre est idéal pour décrire la base même de la plupart des scénarios des films d'arts martiaux. Prenez la filmographie de Bruce Lee. Dans Big Boss, Bruce venge la mort de ses cousins. Dans La Fureur de Vaincre, Bruce venge son maître assassiné. Dans Opération Dragon, Bruce venge l'honneur du temple Shaolin et la mort de sa soeur (restent La Fureur Du Dragon et Le Jeu de la Mort, dont les thèmes sont bien plus personnels à Bruce. Voir dans les pages qui lui sont consacrées pour plus de précisions). La même année, Raymond Chow, qui avait travaillé comme second couteau à la Run Run Shaw, la quitta pour former sa propre maison de production, la Golden Harvest.

Avec David Chiang et Ti Lung comme superstars, la Shaw Brothers domina l'industrie cinématographique de Hong-Kong pendant les années 1970. Quelques uns de leurs plus célèbres films sont: One-Armed Boxer (1971), Heroes Two (1974), Disciples of Shaolin (1975) voire une coproduction avec la Hammer, La légende des 7 vampires d'or (1974). Les films de sabres, appelés Wu Xia Pian, sont alors au plus haut de leur renommée, notamment grâce au talent de Chang Cheh, probablement le plus grand réalisateur du genre (ou alors ils nous l'ont bien caché s'il y en a un autre... :-).

Bruce

Bruce Lee
Cependant, Raymond Chow se distingua en surrenchérissant l'offre de la Shaw Brothers pour obtenir la signature de Bruce Lee à son retour à Hong-Kong en 1971. Les films Hong-Kongais de Bruce, Big Boss (1971), La Fureur de Vaincre (1972) et La Fureur du Dragon (1973) imposère un nouveau standard du genre. Les combats à mains nues prennent alors le pas sur les combats de sabres. Ce n'est pourtant pas Bruce Lee qui a introduit les films de combat à mains nues, mais Wang Yu, autre grande figure du genre, avec son Chinese Boxer. Des réalisateurs-chorégraphes comme Liu Chia-Liang et Yuen Woo-Ping étaient également de grands auteurs du moment, avec bien sûr Chang Cheh. Des films comme Boxer From Shantung ou 8 Diagram Pole Fighter

sont des classiques du genre.

Après la mort tragique de Bruce Lee, la Golden Harvest essaye de maintenir la légende vivante en tournant des quantités de films avec des clones de Bruce Lee ou en réutilisant des scènes de Bruce lui-même. Malheureusement, les films comme Big Boss 2 (1975), avec Bruce Li, Bruce Le superhéros (1984), avec Bruce Le, et Le jeu de la mort 2 (1979) avec Tang Lung furent de pâles imitations. Cependant, au début des années 80, la Golden Harvest supplanta la Shaw Brothers comme studio dominant à Hong-Kong.

La nouvelle vague

Jackie Chan

Au même moment, une nouvelle génération d'artistes commença à s'approprier les films d'action de Hong-Kong. Jackie Chan, un cascadeur de Opération Dragon, utilisa une combinaison d'arts martiaux et de comédie à la Buster Keaton pour découvrir la plus grande star de Hong-Kong. Il aura tout de même fallu attendre un demi-douzaine d'année pour qu'un artiste martial réussisse à sortir de l'ombre de Bruce Lee pour inventer un genre nouveau. Chan devint une star internationale en 1996 lorsque New Line commença à ressortir ses films récents comme Jackie Chan Dans le Bronx. Son avant-dernier film, Rush Hour a connu un grand succès aux USA. Mais sera-t-il un jour reconnu à sa juste valeur ?

Samo Hung, camarade de classe corpulent de Jackie Chan à l'académie de l'opéra de Pékin, devint une star de la comédie d'action et un réalisateur renommé avec des films comme Warriors Two (1978) et Shanghai Express (1987). Hung est vaincu par Bruce Lee dans le combat d'ouverture de Opération Dragon. Ses qualités de chorégraphes de combat sont aussi très reconnues, et c'est un des fondateurs du genre ghost-kung-fu-comédie.

Récession et renouveau

Samo Hung

Au milieu des années 80, le réalisateur John Woo orienta les films d'action dans une direction différente, développant un style unique à base de gunfight et de personnages héroiques à la chinoise dans des films tels Le Syndicat Du Crime (1986), The Killer (1989) et A Toute Epreuve (1992), avec Chow Yun-Fat. En s'inspirant des films américains et des polars noirs français, Woo ouvra ainsi la voie à un nouveau courant dominant du cinéma de Hong-Kong. On peut voir ses films comme une transposition de personnages de films d'arts martiaux dans un milieu plus urbains. Le Beretta remplace le sabre, mais les valeurs restent les mêmes: trahison, honneur, rédemption... Les films policiers sont aujourd'hui plus nombreux que les films d'arts martiaux à HK.

Le producteur / réalisateur Tsui Hark a quant à lui essayé de revitaliser la tradition chinoise en combinant les éléments démodés de l'opéra de Pékin avec des techniques modernes pour faire des films aussi éblouissants que Peking Opera Blues (1986), Histoire de Fantômes Chinois (1987) et Il était une fois en Chine (1991). Ses récentes tentatives de conquête du marché américain, et donc international, ont été des échecs. Autant le style polar de John Woo peut s'adapter à un public occidental, autant le style très attaché à la culture chinoise de Tsui Hark ne s'y prette pas. Tsui a été un des plus grands fers de lance de l'industrie HKgaise dans les années 80 et 90, relançant les films de sabres et les films d'arts martiaux grâce à ses propres films ou ses productions.

Jet Li

Dans les films les plus récents figure la star Jet Li, qui a également interprété un maître légendaire des arts-martiaux dans Fong Sai Yuk (1993). Jet Li a été un interprète mémorable de Wong Fei Hong dans 4 films réalisés en partie par Tsui Hark. Il a lui aussi commencé à tourner aux USA dans L'Arme Fatale 4, et poursuit sa carrière aux USA. De nombreuses stars féminines ont émergé dans la nouvelle vague des films d'arts martiaux.

Les actrices comme Maggie Cheung (The New Dragon Inn 1992), Brigitte Lin (The Bride With White Hair 1992), Anita Mui (Heroic Trio 1993) et Michelle Yeoh (Wing Chun 1994) ont gagné leur célébrité grâce à leur beauté et à leurs capacités athlétiques.

Influences

Anita Mui et Michelle Yeoh

Les films asiatiques ont eu une influence majeure sur des réalisateurs américains comme Sam Raimi (Darkman 1990), Quentin Tarantino (Reservoir Dogs 1992) et Robert Rodriguez (Desperado 1995). Le retour de Hong-Kong à la Chine en 1997 a causé le départ de la plupart des talents de Hong-Kong vers les USA. John Woo a dirigé John Travolta dans Broken Arrow (1996) et Volte Face (1997). Tsui Hark a dirigé Jean Claude Vandamme (sic...) et le basketteur Dennis Rodman (resic...) dans Double Team (1997) (sic final). Michelle Yeoh est devenu une James Bond Girl en 1997 dans Demain ne meurt jamais. Chow Yun-Fat a tourné avec les oscarisées Mira Sorvino et Jodie Foster dans Un Tueur pour Cible (1998) et Anna et le Roi (1999).

Opération Dragon était un des premiers films à initier l'audience occidentale aux délices des films d'art martiaux. Les films d'Hollywood seront influencés pendant des années par l'influx des talents de Hong-Kong et par les réalisateurs américains inspirés par leur travail passé. Aujourd'hui, Hollywood se sert directement à Hong-Kong en récupérant Jackie Chan, Jet Li, Donnie Yen ou encore Yuen Woo-Ping, réalisateur et chorégraphe de génie. Malheureusement, le cinéma de Hong-Kong traverse une très mauvaise passe et les films d'arts martiaux ne sont plus en grâce. Le piratage porte également un sérieux préjudice à la production locale. Cependant on peut se poser la question de l'aide que pourrait apporter Hollywood a un genre en déclin en orient. Voir l'article "Le Kung-Fu est-il mort ?" pour mon avis sur la question...

(sourcesdivers, dont DVD Opération Dragon (Warner))

date
  • juillet 2000
crédits
Histoire