Beyond our Ken: tournage

L'équipe en action

Jeudi 30 Septembre, 10h du matin, station de métro de Mongkok. Difficile d'être plus au coeur de Hong-Kong. Le coeur financier est sûrement à Central au milieu des gratte ciels, entre la banque de Hong Kong et la nouvelle IFC Tower. Mais le vrai coeur de Hong Kong bat à Mongkok, et plutôt vite. Sitôt sorti du métro, il suffit de lever la tête pour apercevoir les projecteurs du tournage de Beyond our Ken, au premier étage d'un café. L'assistante de Pang Ho Cheung, le réalisateur, me conduit sur le plateau. L'endroit est noir de monde, Ho Cheung supervise les préparatifs pour le tournage d'une séquence, Daniel Wu prend son café, Gillian Chung n'est pas encore arrivée. Les gens travaillent vite, se déplacent comme ils peuvent malgré le peu de place disponible. Je me fais tout petit dans un coin pour prendre quelques photos et filmer le tournage.

Beyond our Ken est le nouveau film de Pang Ho Cheung, jeune réalisateur remarqué grâce à ses deux premiers films, You Shoot I Shoot et Men Suddenly in Black. Son nouvel opus est une comédie noire qui parle de relations amoureuses. Daniel Wu, Gillian Chung des Twins et Tao Hon partagent l'affiche. Le tournage est déjà bien avancé, plus qu'une semaine ou deux et toutes les images seront en boîte.

Première prise, quelque chose me frappe instantanément: le plateau de Beyond our Ken devient le temps de chaque prise le seul endroit calme et silencieux de Hong Kong, et ce en plein Mongkok, ultime ironie. Le bruit de la rue parvient encore à nos oreilles, mais étouffé. Le silence est total, tous les téléphones portables sont éteints, Daniel et Gillian commencent leur dialogue. Sitôt le "Cut" prononcé, le bruit reprend ses droits, et le tournage rappelle l'effervescence de la rue. Pang Ho Cheung vient commenter le travail fait à cent à l'heure par son équipe: "le temps à Hong Kong, c'est de l'argent, et ça file très vite". L'équipe fait avec les moyens du bord, un gant de boxe strapé sous la caméra donne un peu de confort au caméraman, le responsable photo tient à bout de bras un cache lumière pendant une prise en attendant qu'on lui ramène un support. Bref, Hong Kong style.



Pang Ho Cheung au moniteur Gillian Chung et Daniel Wu Répétition de dialogues



Travailler vite ne signifie pas pour autant bâcler le travail. Autant toute l'équipe technique travaille aussi vite que possible entre les prises, autant Pang Ho Cheung prend beaucoup de temps à régler les dialogues avec les comédiens, corrige l'intonation d'un mot, cherche un terme plus incisif pour soigner l'effet comique de son texte. On tourne vite, mais plusieurs fois la même prise jusqu'à obtenir la qualité voulue, comme lorsque la pauvre Gillian n'arrive pas à verser une petite larme au bon moment.

Gillian Chung
Midi, les "lunch box" arrivent, l'équipe mange sur le pouce un repas bien mérité, alors que les journalistes de la presse locale s'amassent en bas de l'immeuble: la pause est l'occasion d'une conférence de presse, le repas doit être vite ingurgité. Je m'éclipse discrètement et revient sur le tournage quelques heures plus tard. Daniel Wu a terminé sa journée et son travail sur le film par la même occasion. Tao Hon le remplace, il ne faut pas traîner, le film doit être terminé pour Novembre. La maison de production s'inquiète même des délais, mais Pang Ho Cheung explique qu'il n'y aura pas de syndrome 2046, le montage se fait en parallèle du tournage, le film sera prêt à temps. Tao Hon peine un peu à délivrer ses dialogues de manière convaincante, il faut dire qu'elle parle mandarin et doit donc apprendre par coeur ses dialogues en cantonais. Lequel reste toujours meilleur que le mien, mais je parviens tout de même à comprendre un terme du dialogue en cours: "po kai", littéralement "connard" en français. Quelle culture... Mais comme l'explique Pang Ho Cheung, le film parle de Ken, un petit ami apparemment bien sous tous rapports, mais qui se révèle finalement être un "Po Kai", donc c'est un terme important. Ses petites amies dissertent justement sur la raison pour laquelle Barbie, petite amie de Ken, a pu rester aussi longtemps avec lui. Première raison invoquée par le réalisateur dans son anglais débutant: Ken n'a pas de kiki. Je m'esclaffe, vivement la sortie du film.

19h, la journée de travail se termine, je parviens à attraper Gillian Chung pour quelques questions au milieu du brouhaha de l'équipe démontant le plateau. Quelques jours plus tard Johnnie To débute le tournage de The Election à la même heure à quelques rues de là, pour un tournage de nuit cette fois...



Gillian et Ho Cheung (de dos)
Daniel Wu
Action...

Pour en découvrir un peu plus sur le tournage de Beyond our Ken, découvrez notre petit documentaire (RealPlayer ou RealAlternative requis, connexion ADSL 512 minimum):


An Eye Through Beyond our Ken

date
  • octobre 2004
crédits
Films