Hong-Kong: Histoire du Polar

DES DEBUTS DISCRETS

Le cinéma de Hong-Kong est probablement le plus productif au monde en matière de polars. Des centaines de policiers en tous genres ont été produits dans l'ancienne colonie britanniques, du pire nanar aux plus grands chefs d'oeuvre, qui n'ont rien à envier aux plus grands noms occidentaux du genre. Cependant, ce genre ne s’est imposé que très tardivement sur le grand écran, au milieu des années 80 pour être tout à fait exact.

Les rituels de conflit et d'héroïsme ont le plus souvent été mis en scène dans des films d'aventure, de sabres ou encore de kung-fu (voir l'article sur le cinéma des arts martiaux à HK). Il faut attendre le début des années soixante pour voir apparaître une série de films policiers intitulée 999 (le numéro local de la police). Quelques années après, la mode des justicières masquées bat son plein et on commence à voir apparaître les grandes figures du polar hong-kongais: gangsters, flics corrompus, gangs de jeunes délinquants...

 

UNE PROGRESSION DIFFICILE

Un cinéaste réussit à sortir du lot, Long Gang. En 1967, il livre l’un des films marquant de la décennie, Story Of A Discharged Prisoner, polar noir bien en phase avec le climat social. John Woo en fera un remake triomphal vingt ans plus tard. Malheureusement, le film n’a pas beaucoup de succès, de même que les polars en général. Les Wu Xia Pian (film de sabre) et Bruce Lee dominent le box-office et les films policiers restent en retrait. Seule la télévision diffuse quelques séries inspirées de faits réels.

Quelques uns des futures cinéastes de la nouvelle vague se font les dents sur ces séries: Kirk Wong, Ann Hui, Tsui Hark, Patrick Tam... Le succès est au-rendez-vous et les producteurs voient un beau filon dans l’exploitation du genre sur grand écran. Le retour du polar à la fin des années 70 n’est cependant pas concluant. Et pendant ce temps, un certain John Woo s’enlise dans la réalisation de comédies bien grasses...

ON ALLUME LA MECHE...

Le début des années 80 est plus prometteur avec l’arrivée de la nouvelle vague au cinéma. Ann Hui réalise en 1981 Story Of Woo Viet avec un jeune débutant, Chow Yun-Fat. Les pions se mettent en place lentement. La tendance est alors au pessimisme avec des films nihilistes comme L’enfer des Armes de Tsui Hark. Johnny Mak, producteur et réalisateur pose les bases du polar hong-kongais à partir de 1984 avec Long Arm of The Law. C’est l’explosion du genre. Danny Lee lance la vague des films d’action pro-flics, alors que la D&B produit des films mi kung-fu, mi policiers qui révèlent Michelle Yeoh. Même Jackie Chan s’y met avec le fabuleux Police Story (1986). Les fondations du polar hong-kongais sont en place: histoires inspirées de faits réels, violence omniprésente, cascades impressionnantes, côté mélodramatique omniprésent.

...LA DYNAMITE JOHN WOO EXPLOSE

Si l’avènement de Johnny Mak a permis l’explosion du genre, celui de John Woo peut être considéré comme une secousse sismique. Surnommé à l’époque «le roi de la comédie» (on croit rêver !), John Woo rêve à de toutes autres histoires. Des histoires de chevaliers tranformés en gangsters. Des histoires mélodramatiques d’amitié et de trahison, aux scènes d’action époustouflantes. Tsui Hark embauche John Woo en 1986 et lui donne entière liberté pour réaliser son rêve, son polar. Le Syndicat du Crime sort la même année et devient le premier film à dépasser la barre des 30 millions de $HK. En remplaçant les sabres par des automatiques, John Woo transpose l’esprit de chevalerie sur une base plus occidentale. Le film est aujourd'hui considéré comme l'un des plus marquant dans l'histoire du cinéma de Hong-Kong.

Suite à ce triomphe, les «hero movies» se multiplient, recopiant les formules à succès à l’infini. Au milieu de ces centaines de polars, quelques auteurs ressortent: Kirk Wong (Crime Story, Gunmen), Ringo Lam(City On Fire, Full Alert) et Wong Kar-Wai (As Tears Go By). John Woo persiste dans le genre qu’il a crée avec Le Syndicat du Crime 2 (1987) et The Killer (1989), considéré comme son chef d’oeuvre.

DES 90'S DIFFICILES...

A l’entame des années 90, les différentes variantes des hero movies ont été toutes exploitées et épuisées. Les producteurs cherchent alors de nouveaux concepts de polar. Wong Jing invente le «film de jeu» avec God Of Gamblers, toujours avec Chow Yun-Fat, acteur indissociable du genre. Les polars à l’eau de rose font aussi leur apparition, ainsi que les biographies de gangsters célèbres (Le Parrain de Hong-Kong - 1991).

L’approche de la rétrocession de Hong-Kong à la Chine est marquée par deux tendances: le ras-le-bol de la présence des Triades dans l’industrie cinématographique et bien sûr l’inquiétude quant à la montée de la violence à l’approche de cette date charnière. Le dernier film hong-kongais de John Woo, A Toute Epreuve, en est un bon exemple.

Depuis le départ des plus grands cinéastes aux USA (John Woo, Ringo Lam, Kirk Wong...), le polar hong-kongais a eu du mal à se renouveler. Le public s’est lassé des photocopies médiocres de chaque film à succès. La violence gratuite de certaines productions a également a également poussé la censure à sévir, mais ce sont encore les films violents et à la morale douteuse qui fonctionnent le mieux, notamment la série des Young And Dangerous. Il reste tout de même quelques cinéastes et acteurs de grands talents, comme Johnnie To, Ringo Lam et Lau Ching-Wan pour tenter de rendre un âme à un genre qui a fait les beaux jours de l’industrie locale. Les polars hong-kongais ont inspiré bon nombre de cinéastes américains (Stallone avoue très volontiers avoir copié des scènes de Police Story pour Tango et Cash). Espérons que le genre saura rebondir et se lancer dans de nouvelles directions.

...JUSQU'A MILKYWAY

La direction la plus prometteuse pour le moment est celle prise par Johnnie To qui a formé un groupe de créativité dans Milkyway Images. Les meilleurs polars de ces cinq dernières années proviennent quasiment tous de chez eux: The Odd One Dies, Too Many Ways to be Number One, The Longest Nite, A Hero Never Dies, Running Out of Time... Des réalisateurs comme Patrick Yau, Daniel Lee ou Patrick Leung (Beyond Hypothermia) semblent être le futur du genre, même si leurs films remportent un succès plus critique que publique. On ne peut malheureusement pas empêcher les spectateurs d'aller voir des bouses à 22 francs 50, mais l'argent rapporté par ces même bouses permet de financer des vrais films. Donc laissons les bouses faire leur travail... Le polar est tout de même dans une situation moins inquiétante que les films d'arts martiaux. Et espérons que Tsui Hark, Daniel Lee, Ringo Lam et toute l'équipe de Milkiway vont aider le cinéma de Hong-Kong à sortir de la crise actuelle (Wong Jing ? Non, on parle de vrais films... Arrêtez de plaisanter...).

François (source divers, dont DVD Hard Boiled et dossier Polar de Hk Magazine)

date
  • February 2000
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